Pourquoi la commune libertaire?
Changer le monde, voilà qui apparait comme une évidente nécessité. Mais une fois passé le stade du constat, une myriade de questions s’invite dans le débat. Quel visage doit prendre le changement ?
Évolution, réforme, ou bien évolution ? Où initier le changement : partout en même temps, ou ici et là, sur un temps long ? Faut-il admettre le dogme marxiste de l’État ouvrier
seul à même de garantir une transition vers une société sans classe et sans État, ou bien brûler cette étape en s’orientant vers le fédéralisme libertaire ? Et si l’échelon local est le mieux à même de redonner aux populations la capacité politique dont elles sont privées, faut-il opter pour un municipalisme qui consacre la commune comme un État en miniature, au risque de susciter d’amères désillusions, ou bien choisir la rupture ?
Autant le dire : ce livre prend délibérément le parti de la rupture, et propose une alternative, celle de la Fédération communaliste de base. Mieux, cette prise de position est le fruit non seulement d’une réflexion approfondie sur les origines et les échecs historiques du mouvement communaliste, sur les formidables potentialités d’émancipation qui sont encore les siennes, mais encore sur la conviction que le marxisme, avec sa conception d’une humanité déterminée seulement par l’histoire, est dans l’impasse.
Le changement passe par une politique libertaire de l’espace social. C’est
ce que Philippe Pelletier démontre ici avec l’érudition et le pouvoir de conviction qu’on lui connait.
Les Endormeurs suivis de l’Instruction intégrale Michel Bakounine
Face au tumulte de l’actualité et au chaos généralisé organisé par l’exploitation capitaliste, il devient urgent, si on veut résister aux multiples escroqueries intellectuelles qui nous agressent, de se tourner vers les penseurs les plus à même de fournir les clés de compréhension les plus opérantes.
Au nombre de ces clairvoyants, mais est-ce vraiment une surprise, figure Bakounine.
Dans la série d’articles que contient ce bref volume, cet infatigable dénonciateur démonte - on dirait aujourd’hui débunke - aussi bien le rôle trouble de la bourgeoisie prétendument éclairée de son époque que les rouages oppressifs que l’éducation
bourgeoise entretient en vue d’assurer sa pérennité.
Encore faut-il faire la part de ce qui, dans les écrits de Bakounine, relève du contexte particulier au XIXe siècle, dans lequel la survenue d’une révolution sociale était plus que plausible, et de ce qui relève de notre propre actualité, où le retour des forces réactionnaires et obscurantistes paraît impossible à endiguer.
C’est à ce travail, qu’en lecteur attentif des textes fondateurs de l’anarchisme, s’attelle ici Hugues Lenoir : les commentaires qu’il insère en alternance avec le texte original mettent tour à tour en évidence l’ironie, dont le révolutionnaire russe gratifie l’éternelle bêtise bourgeoise, et sa conviction qu’en matière scientifique, certaines disciplines n’ont d’autre fonction que de justifier les inégalités économiques.
Bref, un ouvrage indispensable pour parler couramment avec Bakounine !
Bible et sexe La grande Baise
Deux mille ans que des gothiques travestis censément puceaux (les enfants de chœur, ça ne compte pas) nous expliquent comment faire usage de nos organes génitaux. à grand renfort d’anathèmes culpabilisateurs, d’interdits, de leçons de morale et de menaces de damnation éternelle, ils ont opéré une OPA sur la sexualité occidentale, érigeant leurs obsessions masochistes en dogmes, leur homophobie en commandement divin et leur terreur des femmes en norme sociale, légitimant ainsi massacres, bûchers et tellement, tellement de malheur.
Et tout cela en se basant sur quoi ? Un assemblage de palimpsestes réécrit, retravaillé suivant les époques et les pouvoirs, qui, à longueur de pages, voit ses héros, ses saints et ses martyrs passer leur temps à pratiquer un inceste endémique (forcément, quand on est trois pour peupler la Terre, ça coince à un moment), à livrer leurs filles à des barbares pour honorer les lois de l’hospitalité, à trucider épouses et enfants en raison de coucheries absurdes...
Cet ouvrage vous propose un tour d’horizon des évangiles en folie, évoquant l’amour de Dieu pour les prépuces, sa passion pour les hémorroïdes vengeresses, sa terreur des menstruations, l’invisibilisation de la première apôtresse parce qu’elle était femme et prostituée et tout le toutim...
Entre deux récits de viols, de rapts, de répudiations, de génocides et moult séances de tortures (Parental Advisory : Explicit Content), le lecteur pourra finir par se demander s’il n’est pas temps de baser nos référents moraux et sociaux sur autre chose que ce bouquin d’un autre âge, bricolé pour légitimer toutes les oppressions possibles...
Un géographe anarchiste contre l’antisémitisme
Elisée reclus Un géographe anarchiste contre l’antisémitisme
Au plus fort de l’été 2025, dans la touffeur d’un début d’après-midi, on pouvait se laisser bercer, à l’écoute d’une radio hautement proclamée du savoir et de la connaissance, par l’évocation du géographe et anarchiste Élisée Reclus (1830-1905).
Quand, tout soudain, l’auditeur se trouvait brutalement arraché à sa torpeur par la réponse assassine de la docte dame, on pourrait dire l’Hérodocte dame, interrogée sur de possibles zones d’ombre dans le parcours du géographe : « Oui, en particulier la question juive, et c’est une vraie contradiction. Mais c’est un homme du XIXe siècle, et la gauche, anarchiste ou pas anarchiste, marxiste, a toujours été un peu antisémite, voyant les Juifs comme des banquiers, donc comme des capitalistes... »
Mon Dieu, si on ose dire, vite, un café, la sieste est terminée ! Élisée Reclus et les anarchistes (oublions la gauche...), tous un peu antisémites ! Reclus, le géographe hostile à toute hiérarchie entre les peuples, à toute haine raciale, l’observateur scrupuleux des groupes les plus « primitifs », lui et ceux avec lesquels il a milité, « tous un peu antisémites », vraiment ? Comme un effet boomerang du drame à l’œuvre de l’autre côté de la Méditerranée, voilà le retour du sceau infamant de l’antisémitisme ?
La sieste pouvait bien attendre, et les quatre auteurs sont allés consciencieusement aux sources et aux textes publiés pour examiner l’accusation colportée avec beaucoup de légèreté.
Leur démonstration est passionnante. Elle permet aussi de réexaminer des questions toujours d’actualité, comme race et racialisme, Palestine et sionisme, affaire Dreyfus, État et religion, etc..
COLONIE D’OUTRE-MER
MAYOTTE
Mayotte ? Un petit archipel volcanique de 374 km2 formant la partie orien- tale de l’archipel des Comores. C’est du côté de Madagascar. C’est fran- çais depuis 1841. Avant la Savoie. Cédée par le sultan Andriantsoly. Mayotte devient donc à cette date colonie française. Au plus grand bonheur des Mahorais qui ne cessaient d’être razziés et pillés. En 1946, l’archipel complet des Comores obtient le statut de territoire d’outre-mer. Et c’est le début d’un long conflit entre Mayotte et la Grande Comore. En 1974 et 1976, à l’occasion de deux référendums sur l’indépendance des îles des Comores, Mayotte, seule, vote à 99 % pour son maintien dans le giron de la France. En 2011, suite à un nouveau vote, Mayotte deviendra un dépar- tement français d’outre-mer.
Bref, Mayotte, ça ne dit pas grand-chose à grand monde. Tout juste en en- tend-on causer quand il y a des cyclones ou à l’occasion du déferlement d’immigrants clandestins venus… des Comores. Bizarre pour d’anciens colonisés ayant voté pour l’indépendance !
Ce livre de Laurent Draghi sort assurément de l’ordinaire. Non seulement il nous fait découvrir Mayotte et son histoire. Et l’aimer, mais, mieux, il nous force surtout à réfléchir sur ce qu’on croit être des évidences et qui ne le sont pas toujours.
Bien sûr que Mayotte, ce n’est pas la France hexagonale. Et bien sûr que les conditions de vie à Mayotte ne sont pas les mêmes qu’en métropole. Et qu’il faut dénoncer cela.
Pour autant, Mayotte est-elle une colonie ne devant avoir comme seul horizon qu’une indépendance dont elle ne veut pas ou un rattachement colonial à la dictature des grandes Comores dont elle ne veut pas davantage ? Laurent a enseigné et vécu plusieurs années à Mayotte. Comme enseignant syndicaliste libertaire.
À l’heure où le manichéisme simpliste tient lieu de raisonnement dans les abattoirs-abrutissoirs de la non-pensée émotionnelle capitaliste ordinaire, il est clair que ce livre fait désordre. Tant mieux !
Radio Libertaire, « le Monde libertaire » & la guerre du golfe
Ce livre retranscrit certains articles du Monde libertaire qui ont fait en me?me temps l’objet d’une e?mission (« La guerre qu’on voit danser... ») sur Radio libertaire, a? propos de « la guerre du Golfe » (1990-1991). Mais pourquoi un tel livre aujourd’hui alors que rares sont ceux qui se rappellent de cette guerre et innombrables sont ceux qui ignorent jusqu’a? son existence ? Un peu plus de trente ans, c’est quasiment la pre?histoire au royaume d’un zapping chassant l’autre !
A? l’e?vidence parce que cette guerre nous a e?te? pre?sente?e par les me?dias et les politiciens a? grands coups de fake news (l’arme?e irakienne, 4e du monde) et de maniche?isme frelate? a? front bas. Le me?chant Irak envahisseur d’un co?te?, le gentil Koweit envahi de l’autre, et le saint esprit occidentalo-de?mocrate, nullement inte?resse? par le pe?trole irakien, en guise de pe?re fouettard. Un peu comme si aujourd’hui on osait nous pre?senter la guerre ge?nocidaire a? Gaza comme ne?cessaire a? la construction d’une Riviera !
Ensuite, parce que les analyses de?veloppe?es dans ce livre e?taient d’une pertinence remarquable et sont encore valables aujourd’hui quand on continue a? nous bourrer le mou avec des guerres « justes », « saintes », « propres »...Enfin, parce qu’a? l’heure d’une surabondance « d’informations » toutes plus propagandistes, insipides, veules, haineuses, puantes... les unes que les autres, ce livre est un exemple de ce que pourrait e?tre une information digne de ce nom, toute d’analyses, de re?flexions et de de?bats.
A? l’e?poque de la guerre du Golfe, Radio libertaire, une des dernie?res survivantes de l’a?me du phe?nome?ne radio libre, a connu des pics d’audience remarquables. Comme quoi il vaudra toujours mieux allumer une seule et minuscule bougie que de maudire sans fin l’obscurite? !
Portraits de feministes
De Eve à philomene sans oublier les autres
L’émission « Femmes libres » sur Radio libertaire (89.4 MHz) chaque mercredi de 18 h 30 à 20h 30 a vu le jour, à l’initiative de Nelly Trumel, en mai 1986, date anniversaire de la révolution espagnole. Ce titre a été choisi en hommage à l’organisation Femmes libres (Mujeres libres) créée en avril 1936 et qui regroupait 20 000 femmes anarchistes espagnoles. Cette organisation avait pour but de « libérer les femmes du triple esclavage dont elles étaient victimes : esclaves de leur ignorance, esclaves en tant que productrices et esclaves en tant que femmes ».
Depuis 39 ans donc, l’émission décrypte l’oppression spécifique des femmes dans nos sociétés patriarcales et capitalistes structurees par la domination masculine. C’est un espace de reflexion et d’étude à nul autre pareil.
Ce livre de Sylvie Gillot et Helene Hernandez y a puise la matiere pour une trentaine de portraits de féministes, pour la plupart peu connues, remarquablement illustre?s par des dessins d’Amande Art et d’OLT.
à l’heure ou? le féminisme universaliste et révolutionnaire subit les assauts d’un libertarisme identitaire sectaire, c’est un courant d’air frais dans le confusionnisme féministe du moment.
Auschwitz, Nuremberg, 80 ans après
Les anarchistes et le devoir de mémoire
Le devoir de mémoire ?
Ah, la mémoire ! Entre la mémoire courte, les trous de mémoire, celle qu’on a enfouie au fond de l’oubli et celle qu’on s’invente, pas simple de s’y retrouver ! Et à l’heure du zapping, de l’immédiateté, de l’enfermement dans un présent permanent, et d’un effondrement « culturel » tatoué au confusionnisme, comment réussir à séparer le bon grain de la mémoire de l’ivraie d’un flot d’insignifiances signifiées sur le mode du superficiel ?
Prenons l’exemple d’Auschwitz, de Nuremberg, de la Shoah... tout le monde en a entendu parler. Mais rares sont ceux qui ont conscience du caractère exceptionnel et SPÉCIFIQUE de l’évènement. À savoir la dimension « scientifique », méthodique, industrielle, assumée... de l’extermination génocidaire des juifs, des Tsiganes, des homosexuels, des... et l’origine idéologique du phénomène. À tel point que même certains (rares) anarchistes ont eu du mal à penser cet impensable.
Ce livre a le courage d’aborder cet aspect des choses. Pourquoi est-il si difficile de penser l’impensable ? Il est écrit, principalement, par Pierre Sommermeyer, juif de par ses origines, athée, non violent... et anarchiste. Il ne juge pas. Il tente juste d’expliquer et d’expliquer encore et toujours, pour essayer de comprendre. Et à l’heure de ce qui se passe en Ukraine, à Gaza... et de la montée irrésistible de l’illibéralisme préfascisant en occident, c’est peu dire que, les mêmes causes produisant souvent les mêmes effets, il est des devoirs de mémoire qui s’imposent ! Oui, qui s’imposent !
Arts, Anarchie et émancipation
Il était on ne peut plus normal que les actes du colloque Arts, anarchie et émancipation s’inscrivent dans la voie militante qui leur revient de droit, et que le prolongement d'une fertile journée de 2025 se fasse grâce à ce court ouvrage.
Court, mais éclectique, puisqu'il couvre un large spectre de moyens d'expression artistique, et qu'il interroge le devenir des esthétiques transgressives et révolutionnaires face à ce dévoreur d'artistes qu'est le marché capitaliste de l'art.
Court, mais destiné à faire découvrir au lecteur un tant soit peu curieux les liens presque organiques que tissèrent les géographes anarchistes du XIXe siècle avec la peinture, ou bien la notion de " luxe communal" que la Fédération des artistes de la Commune de Paris imagina pour donner à tout un chacun l'appétit de l'art. Court, mais on n'y oublie pas non plus le rôle parfois souterrain, parfois prépondérant que joue la pensée anarchiste dans des mouvements artistiques du 20e siècle aussi novateurs que le dadaïsme et le surréalisme.
Court, mais suffisamment empathique pour provoquer des rencontres marquantes: avec Séverine, journaliste anarchiste, le collectif du Judson Dance Theater, John Cage et bien d'autres...
Au travers de chaque contribution à ce colloque, c'est un visage trop ignoré de l'anarchisme qui se dessine, celui du parti pris d'une vie foisonnante, d'une aspiration à une révolution où on danse, peint, écrit, filme l'émancipation en actes, sans attendre les lendemains qui chantent...
l’acrobate anarchiste
Spirus Gay
Qui connaît, ou a simplement entendu parler de Joseph Jean Auguste Gay (1865-1938), alias Spirus Gay ?
Rares sont ceux qui peuvent répondre à cette question.
Normal. Car c’est l’un de ces innombrables invisibles du mouvement anarchiste qui pullulent dans l’ombre des têtes d’affiche du genre Bakounine, Kropotkine, Malatesta, Durruti, Makhno…
Et pourtant, il est au cœur de l’âme de l’anarchisme social de toujours et d’à toujours.
Mieux, son approche de la vie, du militantisme et de la révolution sociale, est, aujourd’hui, en 2025, d’une modernité et d’une actualité stupéfiantes. Vous avez bien lu. Stupéfiantes.
Tout à la fois acrobate, anarcho-syndicaliste, naturiste, pamphlétaire, athée, anticlérical, libre penseur, franc-maçon, écologiste, pédagogue, éducateur, antiraciste, antisexiste, ami des bêtes et de tout ce qui vit…, il avait compris que la révolte, l’espoir, et une alternative politique, économique et sociale n’avaient de sens qu’en s’envisageant de manière globale, sans fronts de lutte principaux ou secondaires. Et que le dire, pour être crédible, devait marcher, main dans la main, avec le faire. Tout de suite, ici et maintenant.
Ce livre de Sylvain Wagnon nous conte tout cela. Sa vie d’invisible de l’anarchisme d’hier, peut-être parce que préfigurant ce que pourrait et devrait être l’anarchisme d’aujourd’hui.
Comme aiment à le dire nos camarades des Éditions libertaires : « Devant le passé chapeau bas, devant l’avenir, bas la veste » !